Histoire de l'implantation de l'Église de la Foi Apostolique des Gonaïves
L'histoire de l'implantation de l'Église de la Foi Apostolique des Gonaïves remonte aux années 1940. À cette époque, la communauté évangélique était encore peu nombreuse en Haïti. Une vague de conversions commença néanmoins à transformer ce qui apparaissait alors comme un désert spirituel en un champ prometteur.
Ce printemps spirituel fut toutefois interrompu par une mesure qui jeta le trouble parmi les chrétiens évangéliques. Le gouvernement d'Élie Lescot, alors président de la République, donna suite aux plaintes des responsables de l'Hôpital Français, dont l'édifice se trouvait en face de l'Église de Dieu de la rue du Centre. Ceux-ci se plaignaient du bruit provenant des activités de l'église. Le gouvernement ordonna alors la fermeture de toutes les Églises de Dieu dans les différentes villes du pays.
Bien que zélée et solidement enracinée dans la foi, cette communauté fut profondément désemparée par cette décision. Les évangéliques étaient alors minoritaires en Haïti. Mus par le désir de plaire à Dieu plutôt qu'aux hommes, plusieurs groupes s'organisèrent à travers le pays afin de maintenir vivant le témoignage de l'Évangile.
C'est dans ce contexte difficile qu'intervint Volvic Ricourt, qui avait été nommé administrateur de l'hôpital des Gonaïves. Il rassembla plusieurs croyants afin de les encourager à persévérer et à grandir dans la foi. Dans le Nord également, d'autres frères se réunirent pour entretenir la flamme de l'Évangile.
Volvic Ricourt quitta ensuite les Gonaïves, laissant derrière lui un petit groupe de fidèles, parmi lesquels se trouvaient Joseph Pelissier et Victoire Adolphe, qui devint par la suite l'épouse de Joseph et sa compagne de ministère.
Sur le plan spirituel, la ville des Gonaïves constituait un terrain particulièrement difficile. Les premiers missionnaires qui l'évangélisèrent sollicitèrent de ferventes prières en faveur de ses habitants. Constatant la rareté des conversions, certains allèrent jusqu'à qualifier la ville de « trône du diable ».
Le pasteur Joseph Pelissier, qui prit la relève après le départ de Volvic Ricourt, comprit rapidement combien le terrain était difficile. Pendant huit longues années, il exerça son ministère devant des bancs presque vides. À peine huit membres assistaient régulièrement aux réunions. Pourtant, il prêchait avec la même ferveur que s'il s'était trouvé devant une immense assemblée.
Cette ardeur étonna un visiteur de passage aux Gonaïves, le pasteur René Desrameaux, de Saint-Louis-du-Nord. Profondément ému de l'entendre prêcher avec autant de conviction devant un si petit groupe, celui-ci se lia d'amitié avec lui et devint un ami fidèle ainsi qu'un soutien constant de l'œuvre.
Toute cette aventure spirituelle aurait cependant pu prendre fin sans une intervention divine. Découragés par la stagnation de l'œuvre, ainsi que par l'indifférence et même les moqueries des Gonaïviens, le pasteur Joseph Pelissier et son épouse formèrent secrètement le projet de quitter la ville pour s'installer à Port-au-Prince. Un événement remarquable les conduisit toutefois à changer d'avis.
Les voies de Dieu sont mystérieuses. Il dirige les événements de notre vie et renverse parfois l'ordre habituel des choses afin de se révéler à nous d'une manière nouvelle. Comme il est écrit :
« Je t'instruirai et te montrerai la voie que tu dois suivre ; je te conseillerai, j'aurai le regard sur toi. »
— Psaume 32.8
C'est précisément ce que fit le Seigneur. Au cours d'une séance de prière réunissant le pasteur Joseph Pelissier, son épouse et la sœur du pasteur, Mme Lyné Joseph, une manifestation évidente de la puissance de Dieu se produisit.
Remplie du Saint-Esprit, Mme Lyné Joseph parla sous l'inspiration divine et révéla le projet que le couple avait formé en secret. S'adressant à son frère et parlant au nom du Seigneur, elle déclara :
« Joseph, vous avez formé le projet de quitter la ville des Gonaïves. Ne le faites pas, car je vais vous bénir dans cette ville. Voyez : votre femme est malade. Convoquez un jeûne afin que l'on prie pour elle, et elle sera guérie. »
En effet, Mme Pelissier souffrait d'un grave problème de santé nécessitant une intervention chirurgicale urgente. Durant toute la séance de prière, elle ressentit de fortes douleurs. Cependant, dès que la bénédiction finale eut été prononcée, celles-ci cessèrent instantanément. Elle fut complètement guérie et l'intervention chirurgicale ne fut plus nécessaire.
Cet événement marqua un tournant décisif dans l'histoire de l'Église de la Foi Apostolique des Gonaïves. La parole prononcée s'accomplit : l'église commença à se développer et la situation économique de la famille Pelissier s'améliora considérablement.
Un autre événement contribua au développement de l'œuvre : la délivrance de la sœur Beauplan, qui, au moment où j'écris ces lignes, vit en Floride et est maintenant d'un âge très avancé. Elle était alors tourmentée par un mauvais esprit et éprouvait de graves difficultés dans tous les domaines de sa vie.
Elle fut accueillie dans l'église afin de bénéficier des prières incessantes des fidèles. Lorsqu'elle fut conduite dans l'enceinte de l'église, qui se trouvait alors dans le quartier de Pointe-Chemise, elle demanda qu'on l'amène plutôt à l'Église épiscopale, mais sa demande ne fut pas suivie.
Lorsque les fidèles priaient pour elle, l'esprit mauvais semblait s'éloigner. Elle connaissait, par intermittence, des crises d'agitation qui cessaient sous l'effet des prières. Elle fut finalement accueillie dans notre maison. Selon le témoignage que m'a transmis ma mère, celle-ci vit, au cours d'une fervente séance de prière en faveur de la sœur Beauplan, ce qu'elle décrivit comme une forme fluide sortir de son corps. Dès lors, la sœur Beauplan retrouva sa lucidité et put reprendre une vie normale auprès de sa famille.
Ce miracle contribua de manière significative au développement de l'œuvre. L'Église de la Foi Apostolique des Gonaïves devint une source de bénédictions pour toute la communauté évangélique. Plusieurs frères qui embrassèrent plus tard le ministère pastoral y reçurent l'Évangile. Beaucoup d'autres y entendirent le message du salut.
Aujourd'hui, ces croyants sont dispersés à travers le monde, mais beaucoup d'entre eux gardent un précieux souvenir du lieu où ils reçurent la grâce de Dieu.
